Résumé de l’intervention de Marie-Françoise
CLERGEAU
Proposition de loi relative aux droits des
conjoints survivants
Le 6 février 2001
Mme Marie-Françoise Clergeau.
La situation faite au conjoint survivant dans notre code civil ne pouvait
laisser indifférente la Délégation aux droits des femmes et à l'égalité des
chances qui, saisie par la commission des lois, a souhaité se prononcer sur
cette proposition de loi. Les femmes, dont l'espérance de vie atteint désormais
82 ans contre 75 ans pour les hommes, sont de fait principalement concernées :
on compte aujourd'hui dans notre pays 3 240 300 veuves contre 613 450 veufs, la
moitié de ces veuves étant âgées de 80 ans ou plus.
La place aujourd'hui réservée au conjoint survivant dans la succession est
injuste et inadaptée. Il en est en effet le parent pauvre : lorsque le défunt
n'a fait ni donation entre époux ni testament avantageant son époux, le
survivant ne bénéficie que d'un seul droit en usufruit. Notre régime
successoral date d'une époque où, dans une France rurale, la principale
préoccupation était de conserver les biens dans les familles en écartant le
plus possible les conjoints, considérés comme des étrangers, des droits de la
succession. Malgré des améliorations, ce statut ne correspond plus à
l'évolution de la structure familiale, resserrée autour du noyau formé par le
couple et les enfants, alors que les liens avec la famille élargie se sont
distendus. De plus en plus, le patrimoine à transmettre est constitué de ce que
les époux ont acquis durant la vie commune. Enfin, l'augmentation du nombre des
divorces et des familles recomposées, ainsi que l'extrême diversité des
situations au moment du décès, a rendu plus complexe le règlement des
successions.
Il est donc urgent de légiférer après des dizaines de tentatives de réforme,
dont aucune n'a pu aboutir, malgré le consensus exprimé tant par d'éminents
juristes que par les professionnels du notariat et les femmes elles-mêmes,
représentées par la FAVEC -dont il faut souligner la qualité du travail et
l'écoute.
Nos concitoyens ne comprennent pas qu'une femme mariée ne puisse pas hériter
de son époux. Cette proposition de loi constitue donc un progrès considérable
en reconnaissant des droits propres au conjoint survivant. Même en présence
d'enfants, il héritera d'une partie des biens en pleine propriété et pourra
demeurer dans le logement commun, dont il aura la jouissance à titre gratuit
durant un an. Ce n'est pas là seulement réparer une injustice juridique mais
aussi satisfaire une préoccupation sociale très concrète : en effet, ces
veuves, après la douleur de la perte d'un être cher, souhaitent en priorité
pouvoir conserver le même cadre de vie.
La Délégation aux droits des femmes a adopté plusieurs recommandations. Le
régime des libéralités, donation au dernier vivant et testament avantageant le
conjoint, étant mal connu des couples -ce sont le plupart du temps les couples
les plus aisés qui y recourent- elle propose qu'une information sur les droits
du conjoint survivant soit délivrée lors du mariage, notamment dans un document
annexé au livret de famille.
Elle a souhaité également que la durée de jouissance gratuite du logement et
du mobilier soit portée à dix-huit mois afin de tenir compte du délai de six
mois dans lequel doit se faire la déclaration de succession et de la longueur
des règlements. C'est également le souhait des intéressées elles-mêmes.
Enfin, la Délégation a exprimé le souhait que ce texte soit appliqué dès sa
promulgation. Il y a en effet urgence.
La Délégation, qui s'est réunie avant la commission des lois, n'a pas pu se prononcer sur les importantes améliorations apportées par celle-ci au texte initial. A titre personnel, je suis tout à fait favorable aux nouvelles dispositions qui garantissent un quart de la succession au conjoint survivant, à défaut de descendant ou d'ascendant du défunt, et lui donnent le droit de louer le logement si son état de santé justifie son placement dans un établissement de santé spécialisé. J'approuve de même la suppression des articles du code civil qui établissaient une distinction successorale au détriment des enfants adultérins. Ainsi mettra-t-on fin à une injustice récemment condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste).